Fantôm
Le projet d’écriture de Fantôm est une libre interprétation du livre des morts tibétains par une écriture acrobatique, chorégraphique, dramaturgique.
C’est l’écriture de six variations sur le thème de la mort interprétées par un acrobate fil de fériste et une trapèziste.
Une fiction fantastique où un fantôme erre dans un entre-deux, entre une mort et une prochaine naissance et l’élaboration de six mondes comme six modes d’être face à la vie, et face à la mort.
La transcription sur la scène se fait par le truchement d’un geste circassien d’aujourd’hui, transdisciplinaire, multiforme.
Origine du projet, Le Bardo
Le Bardo Thödol, ou Livre des Morts Tibétains, propose une vision colorée, fantasmatique, active, de l’au-delà.
Cet espace spirituel est présenté dans le texte ancien comme une traversée de six mondes : monde des Dieux, monde des Dieux Jaloux, monde Humain, monde Animal, monde des Fantômes Affamés, et monde des Enfers. Six états intermédiaires que l’âme en errance doit franchir, et ultimes occasions de percevoir la « claire lumière ».
Dans une perspective actualisée, ces mondes apparaissent comme autant d’états psychologiques qui colorent nos expériences dans la vie quotidienne. Plus qu’un bestiaire de l’entre-deux vie, le Bardo est aussi un système sur le fonctionnement humain, à la fois moderne, analytique et sans concession.
Six mondes, six modes pour entrer en relation avec le terrain, puis six scènes de cirque et de jeu qui déclinent les différents aspects de notre fonctionnement aujourd’hui. Chaque situation, poussée à l’extrême dans la perspective d’un état fantomatique, donne l’occasion de percevoir le monde « seulement tel qu’il est », ou de transmuer la folie en liberté.
Les 2 personnages
Au centre de notre fiction, une âme en errance. Un personnage qui se définit à travers les étapes de son odyssée d’outre tombe. Tour à tour dramatique, héroïque ou burlesque, le défunt s’incarne successivement selon les différents critères de sa folie intérieure. Ses actes en tant que fantôme sont symptomatiques de son passé de vivant, que l‘on découvre comme une métahistoire racontée entre les lignes de son initiation dans la mort.
Hôtesse d’accueil, guide, stalker, le personnage féminin fait figure de passeur. Chargée des basses besognes de l’au-delà, elle se doit d’accompagner le défunt sur le chemin de la renaissance. Mais que se passe t-il lorsqu’il refuse d’écouter les conseils et préfère demeurer dans le noir ? Et si elle se mettait à provoquer chez lui les monstres courroucés plutôt que de lui indiquer la lumière ? Et si elle-même tentait de lui prendre sa place ?
Les 6 mondes
Chacun des six mondes se définit par un type de rapport à la réalité, une psychologie, une relation particulière à la lumière.
Pour chacun d’eux, nous avons fait le choix d’un traitement acrobatique, sonore et lumineux, spécifique.
A partir du thème et de l’enjeu de chaque monde, nous mettons en relation un objet de cirque, une danse, une musique, une lumière, une vidéo. Nous cristallisons dans un type de discours les différents mondes, et explorons les influences entre langage, geste et attitude, pour en faire surgir une apothéose, un golem.
Prologue : l’ascension vers l’Empyrée
Electrocardiogramme plat. La séparation de l’âme et du corps.
Le monde des dieux, Le Bardo de la Méditation
L’éveil à sa nouvelle condition commence dans la béatitude, l’ivresse de soi. Porté par le mythe du faune, c’est une danse, un regard vu d’en haut, un monstre d’orgueil, et aussi « l’histoire d’une dégringolade ».
Le monde des Dieux Jaloux (ou Asuras ou Titans), Le Bardo de la Naissance
Où toute chose, l’autre en particulier, est perçu sous son potentiel agressif. Sur une table d’opération, on trace ici des lignes de défenses. La pensée paranoïaque finit par gagner l’espace entier.
Le monde des hommes, Le Bardo du corps illusoire
Le corps physique comme une résidence provisoire. Entre elle et lui, tout est fait pour l’amour, mais ils se ratent. C’est une errance dans le noir. Il cherche ailleurs alors que tout est en elle, c’est-à-dire en lui.
Le monde des Animaux, Le Bardo du rêve
L’imaginaire propose un monde préconçu, prévisible. Animé et inanimé s’y confondent.
Une mécanique bien huilée peut bien faire un avec ce monde, pour le vers qui rampe, les opportunités d’évolution restent tyranniquement limitées.
Le monde des fantômes affamés, Le Bardo de l’existence
Où la faim le tenaille tellement qu’il finit par l’engloutir, elle, littéralement.
Le monde de l’enfer, Le Bardo de la mort
La colère domine. Ils voient rouge. Une énergie brute, sauvage, qui disperse les cendres. Dans l’anéantissement, les aspérités disparaissent, un équilibre se fait dans le chaos, dans le dépouillement.
Scénographie
Nous faisons vivre la pièce dans un environnement étrange, médicale, et spirituel. Un espace qui puisse être expérimental, et rituel. Comme si le bloc opératoire où notre héros décède avait en partie glissé de l’autre côté.
Un large hexagramme est formé au sol par six tas de poudre. Au dessus, le vide est traversé par un câble tendu dans toute la diagonale. A cinq mètres du sol, au lointain, une lampe de chirurgie. Sous la lampe, des éclats de miroirs brisés. Au sol, une table de chirurgie roulante.
A l’avant scène, en perchoir, un trapèze à 3m50. L’ensemble est anguleux, saillant.
Sur le mur du fond, un écran vidéo.
Le dispositif vidéo connaît trois fonctionnements : la projection de films montés en studio, la projection en direct à partir d’une caméra en régie, filtrée numériquement, voire différée, et enfin la projection en direct d’une mini caméra de vidéo surveillance utilisée sur le plateau par les acteurs. Le montage de ces trois sources en régie permet le jeu des temps présent, passé et avenir, des proximités, des intériorités, et permet le surgissement d’univers parallèles.
Au bout du fil tendu, un microphone capte les sons du plateau qui peuvent être mixés et amplifiés. La bande son est aussi faites des musiques concrètes de Pierre Henry, dont le fracas, l’étrange, l’organique donne une dimension « autre » à la pièce. A cela s’ajoute certaines compositions de notre musicien, et le mixage de L’Après-midi d’un Faune de Claude Debussy.
La mise en lumière exploite la réflexion des miroirs, les angles, les couleurs, et marque le passage d’un monde à un autre. Son parti pris tranché permet des bascules vertigineuses.
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